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« J’ai presque perdu la raison à ce moment-là.»

En fuyant Boko Haram, Kulu a perdu son mari et son bébé. Photo : Emily Kinskey/Malteser International

Témoignage de Kulu, survivante de Boko Haram 

Cela fait maintenant trois ans, que Kuru a fui son village après les attaques des milices de Boko Haram. A l’époque Kuru était enceinte de son huitième enfant. Quand elle a entendu Boko Haram arriver, elle s’est enfuit pour se protéger, protéger ses enfants et le bébé à naître. Son mari a été tué sous les yeux de toute la famille. « J’ai presque perdu la raison à ce moment-là », raconte Kulu. 2000 personnes ont perdu la vie dans l’attaque de la localité de Baga, une des pires attaques perpétrée au Nigéria. 

Depuis plusieurs années, le groupe terroriste islamiste Boko Haram souhaite instaurer la sharia dans le nord-est du Nigéria. Boko Haram a tué et kidnappé des milliers de personnes. Le groupe – à ses débuts une secte isolée – provoque désormais la terreur et la peur dans toute la région du Lac Tchad, qui souffre d’une grave crise humanitaire. Les populations sont forcées d’abandonner leurs terres et n’ont pas assez de nourriture. Chaque jour, de nouvelles familles de déplacés trouvent refuge dans le camp de Maiduguri, la capitale de l’état de Borno au nord-est du pays. 17 millions de personnes sont touchées par le conflit dans la région du Lac Tchad. Au Nigéria, 8,5 millions de personnes dépendent de l’aide humanitaire. 30 000 personnes ont perdu la vie dans le conflit ces dernières années.

Dépression après la fuite 

Kulu a fui pendant trois jours, jusqu’à ce qu’elle atteigne un village voisin avec ses sept enfants. Son bébé n’a pas survécu aux violences et à la fuite. La famille trouve ensuite refuge à Maiduguri où la mère de famille est prise en charge à l’hôpital. Si les blessures physiques ont été soignées, les blessures psychologiques ne cicatrisent pas. « J’étais si triste que je n’arrivais pas à me nourrir. Je n’arrêtais pas de penser à mon mari décédé. Je le voyais dans mes cauchemars, se faire tuer encore et encore. »

Kulu parle aujourd’hui d’une voix claire de ce qu’elle a enduré. Elle a réussi à panser ses plaies, après avoir été prise en charge trois fois à l’hôpital pour des troubles psychiques. Son frère l’a aidé à faire face aux épreuves. La mère de famille et ses enfants vivent désormais dans le camp de réfugiés de Maidinatu, à proximité de la ville de Maiduguri. La famille a reçu une aide pour construire un abri, fait de foin, de boue et de bâches. Un vieux sac de riz fait office de tapis.

Kulu vit désormais dans un camp de déplacés où Malteser International offre des kits d'hygiène et améliore l'accès à l'eau potable depuis août 2017. Photo : Emily Kinskey/Malteser International

De l’eau et l’essentiel pour survivre 

« Malteser International est la seule organisation qui nous a aidé. Nous avons reçu deux jerricans, des articles d’hygiène, du savon, des serviettes hygiéniques, un seau et une lampe de poche. Je suis très reconnaissante et remercie Dieu de nous avoir envoyé une organisation pour nous aider », raconte Kulu. 

Malteser International est présent depuis août 2017 dans le camp de réfugiés de Maidinatu, distribue des articles d’hygiène et des kits d’urgence, et construit des systèmes d’approvisionnement en eau potable et des toilettes. 

L’organisation a construit un puit à proximité de la hutte de Kulu. « Cela nous facilite la vie ! Avant nous devions marcher au moins une demi-heure pour chercher de l’eau. » Kulu rêve aujourd’hui que ses enfants puissent aller à l’école et gagner leur vie. Pour le moment la réalité est toute autre.

(Juin 2018, texte : Katharina Kiecol, traduction : Isaure Schützeichel)

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